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13 octobre 2019 - Le caté fait la "Une"...

 

... des quotidiens alsaciens (DNA et L'Alsace)

 

Les 3 800 catéchistes d’Alsace tentent, de longue date, de remédier à la chute de fréquentation du catéchisme - le mot de « rencontres » lui est préféré aujourd’hui. La crise de confiance que traverse l’Église, liée aux révélations d’abus sexuels, ne leur facilite pas la tâche. 

 

Les futurs communiants et confirmands font leur rentrée ces mois de septembre et octobre en Alsace, au rythme d’une séance par semaine, voir par mois… après l’école en semaine ou le foot le samedi, c’est un peu à la carte. Il ne s’agit pas des cours de religion comme à l’école, mais bien de l’enseignement dispensé dans les paroisses pour préparer aux sacrements.

Ce sont essentiellement des dames qui prennent bénévolement en charge ces « rencontres », le terme est préféré à « catéchisme ». Mais le mot « caté » est, lui, encore largement utilisé.

Quel impact ont les scandales d’abus sexuels sur la catéchèse, c’est-à-dire l’enseignement de la religion chrétienne ? Des parents ont pu hésiter à confier leurs enfants. En 2017, il y avait 5 848 communiants dans le diocèse, ils étaient 5 000 en 2018, soit 848 de moins.

La baisse ininterrompue de ces vingt dernières années (lire ci-contre), de même que les variations démographiques qui peuvent être conséquentes, ne permettent pas de faire la part entre ceux qui ne sont plus (ou pas) là à cause des affaires et les autres.

Des propositions pour « sécuriser au maximum »

« Il est trop tôt pour le dire, nous ne connaissons pas encore l’ampleur », abonde d’une seule voix l’équipe du Service diocésain de l’enseignement et de la catéchèse (SDEC). Le père Christophe Sperissen, directeur du service, préfère d’abord parler d’une « catéchèse bien vivante » : « S’il y a moins de monde, ceux qui sont là sont motivés ».

Les révélations d’affaires ont néanmoins secoué l’équipe : « Nous qui sommes en situation de responsabilité, ça nous touche énormément ».

Les représentants des différents secteurs alsaciens se réunissent régulièrement dans leurs locaux strasbourgeois sis dans l’aile du grand séminaire réaffecté pour une partie à l’enseignement de la religion, dans les paroisses donc mais aussi dans les écoles, collèges et lycées.

Au mois d’avril, l’équipe de la catéchèse a rencontré sœur Susannah, des Fraternités de Jérusalem, qui fait partie de la commission « Mieux vaut tard », voulue par Mgr  Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, pour faire face à la question des abus sexuels dans l’Église.

Leurs propositions doivent alimenter un texte que le diocèse va adopter en novembre prochain (lire ci-contre).

« Il y a des éléments très concrets qui vont figurer dans ce texte. Il faut sécuriser les choses au maximum pour que chacun puisse être serein », prévient Christophe Sperissen.

Il s’agit de prendre « des mesures adaptées. Les coopérateurs sont formés sur le sujet, mais la réponse demande du temps. Tout le monde a été interrogé dans sa pratique, sur son rapport aux enfants, au corps », ajoute le directeur du SDEC.

« Le Sud a été plus fortement impacté par les affaires », signale Béatrice Schneider, chargée du suivi des zones Mulhouse, Sundgau, Trois-Frontières, Thur-Doller et Mines Guebwiller.

Dernière affaire en date, l’incarcération du père Robert Bonan, en novembre 2018, et sa mise en examen pour les faits de viols aggravés sur mineurs. Il était en dernier lieu dans la communauté de paroisse du Haut-Florival, après avoir été longtemps à Reiningue et Morschwiller-le-Bas. « J’ai constaté plutôt un élan, une forte mobilisation à Buhl pour faire régner un climat de confiance », dit Béatrice Schneider qui s’est rendue sur place.

« On n’a pas attendu les affaires pour faire évoluer la catéchèse »

« Il faut prendre le temps de la réflexion, voir ce qui est réellement faisable ou pas », ajoute Bertille Lucereau, directrice adjointe de la catéchèse en Alsace, chargée du suivi des zones Strasbourg et Molsheim-Bruche. On n’a pas attendu les affaires pour faire évoluer la catéchèse ».

Car la baisse de fréquentation du caté n’est pas une donnée nouvelle et elle doit beaucoup aux changements de pratique des catholiques.

Pour mémoire, les statistiques du diocèse donnent le chiffre de près de 1 300 000 catholiques en Alsace pour 55 000 pratiquants d’après un comptage réalisé en 2018 et 2019.

Il s’agit, pour les catéchistes, de la petite enfance à l’âge adulte, de faire écho à la parole du Christ, au message que Jésus a donné. Et de plus en plus souvent, ce sont des gens qui partent de zéro. Il s’agit de revenir aux fondamentaux, le signe de croix, les prières de base…

Accéder de plus en plus aux demandes individuelles

Un éventail de formations est proposé. Car pour les catéchistes, la bonne volonté ne suffit plus avec les nouvelles générations, il y a une certaine pédagogie à mettre en œuvre.

Les groupes sont hétérogènes, complexes, il faut se former à la psychologie. Traditionnellement, il y avait la communion à 8 ans, la communion solennelle entre 10 et 12 ans, la confirmation à 14 ans : « On quitte ce modèle pour accéder de plus en plus à des demandes individuelles ».

Le fonctionnement hebdomadaire peut ne plus convenir non plus et les formules sont désormais nombreuses. L’exemple est donné d’un quartier populaire mulhousien.

La régularité n’y fait pas recette et il existe le Caté vacances, pendant les congés scolaires, soit deux jours pendant lesquels sont regroupées les heures, sur le mode du centre aéré.

Cette conversion ne se fait pas toute seule, conclut Christophe Sperissen : « On sort d’un modèle qui a 400 ans ».

 

Des mesures adoptées en novembre

 

La commission « Mieux vaut tard », initiée et présidée par Mgr  Luc Ravel, fait du diocèse de Strasbourg l’un des plus avancés sur ces questions.

L’équipe suit diverses pistes. Des mesures ont été listées en juillet. Parmi elles, certaines concernent directement l’encadrement des plus jeunes, elles ne seront pas nécessairement adoptées en l’état, il faut aussi déterminer ce qui est faisable ou non, notamment du point de vue de l’encadrement.

Certaines mesures, comme afficher dans les églises et les lieux publics le numéro de téléphone d’accueil et d’écoute, sont en effet plus aisées à mettre en place que d’autres.

En exemple : « Mettre des portes vitrées dans les espaces d’accueil en veillant à la confidentialité  » ; « Toute équipe est accompagnée par deux personnes (catéchiste ou animateur avec la présence d’un parent, pas toujours le même) quelle que soit l’activité proposée » ; « Intégrer dans tous les modules de catéchèse une formation à l’éducation affective, relationnelle et sexuelle » - à partir de 8 ans ; « Combattre le fléau de la pornographie, en connaître les conséquences sur le développement des enfants et des jeunes, y rendre attentifs les parents ».

S’agissant de la formation : « Entreprise d’évaluation annuel, par rapport à la mission confiée » ; « Apprendre à repérer le mal-être des personnes (enfants, jeunes ou adultes) » ; « Rechercher des outils pour travailler le lien avec les familles et une aide à la parentalité ».

 

Une fréquentation en baisse depuis vingt ans

Les chiffres réunis par le diocèse de Strasbourg en 2018 montrent une baisse vertigineuse du nombre de communiants ces vingt dernières années. En 1998, ils étaient 12 581 en Alsace, en 2017, ils étaient 5 848. Le service de la catéchèse donne pour 2018 le chiffre de 5000 enfants pour la première communion. L’éveil à la foi, pour les 3 à 6 ans, a concerné 1200 enfants. Pour ce qui est des confirmations, un chiffre en 1968, 15 167, puis en 1998, 5216, puis en 2017, 2113. En 2018, ils étaient 1900. D’une année sur l’autre, la démographie peut aussi avoir une incidence. Mais « il n’est plus possible de lire un registre de baptême et d’en déduire combien feront leur première communion, ce n’est plus automatique », a constaté Marie-Laure Kams, chargée du suivi des zones Haguenau, Saverne, Wissembourg et Strasbourg-Campagne. L’évolution du nombre de baptisés et de communiants a d’ailleurs aussi fait l’objet d’une analyse par le diocèse. En 1991, 90 % des baptisés neuf ans plus tôt faisaient leur communion. En 2000, ils étaient 84 %, en 2010 68 % et en 2016, 62 % des 7681 baptisés.

par Myriam AIT-SIDHOUM

 

   
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