Actualite OCA - Un livre de Michel Wackenheim  
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09 juin 2019 - Un livre de Michel Wackenheim

 

Les sept péchés capitaux d'un archiprêtre

Il a beau être le très officiel archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg, Michel Wackenheim n'en porte pas moins sur les sept péchés capitaux un regard plein de compréhension. Un livre rassure ainsi les pauvres pécheurs que nous sommes...

 

Il l'avoue lui-même, en savourant une belle meringue glacée et nappée de chantilly, sa "petite faiblesse", que du côté de la gourmandise, il pourrait peut-être se corriger un peu. Encore qu'il oppose opportunément à ce péché capital la notion de gourmet, « quand on ne va pas dans l'excès », bien plus acceptable et qu'invoqueront du coup avec reconnaissance quelques bonnes fourchettes ravies du distinguo.

 

 

En passant par Grégoire le Grand et saint Thomas d'Aquin

 

Avec son petit air bonhomme et son regard rieur, Michel Wackenheim entretient un rapport aux sept péchés capitaux qui en rassurera plus d'un. Avec une certaine bienveillance "ils figurent toujours en bonne place dans le catéchisme de l'Église catholique. Il ne s'agit pas de nier leur importance, mais simplement de les aborder pour ce qu'ils sont. Et de voir comment, en ayant une bonne connaissance de leur existence, nous pouvons tenter de nous améliorer", confie l'archiprêtre de la cathédrale.

 

C'est d'ailleurs en entendant l'écrivain et économiste Jacques Attali évoquer les sept péchés capitaux que l'envie lui est venue de leur consacrer un livre : "Attali avait tendance à relativiser leur caractère négatif, à les transformer même en quelque chose de plutôt positif. Par exemple, de son point de vue, l'avarice était l'expression d'un certain sens de l'économie, d'une façon de gérer son bien sans être dépensier, ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose en soi".

 

L'approche n'est pas celle de Michel Wackenheim, mais il y a dans son propos le souci de bien replacer ces péchés capitaux dans leur contexte à la fois historique et théologique "S'ils sont sept, ce n'est pas un hasard. Le chiffre est un chiffre sacré, à forte symbolique. Ces péchés capitaux ont été identifiés par saint Thomas d'Aquin, qui s'est lui-même inspiré de Grégoire le Grand. Mais attention, le terme capital induit souvent les gens en erreur. Aucun d'entre eux n'est considéré comme un péché mortel, qui priverait l'homme de sa vie en Dieu. Ces péchés sont dits capitaux tout simplement parce qu'ils sont placés en tête des péchés, or tête se dit capot en latin. Il s'agit donc de péchés originaires qui peuvent en engendrer d'autres, bien plus graves, comme la gloutonnerie pour la gourmandise ou l'égoïsme pour l'avarice."

 

 

Un péché qui a le vent en poupe : l'égoïsme

 

D'ailleurs, Michel Wackenheim a pour l'égoïsme un ressentiment particulier : "Je trouve que c'est là le péché le plus marquant de notre société. Il a aussi un autre nom : l'individualisme." Il convoque d'ailleurs dans son livre la figure d'André Comte-Sponville qui lui-même, dans un texte, citait le philosophe Kant, grand pourfendeur d'un égoïsme dans lequel il voyait "la source de tout mal". Michel Wackenheim nourrit son analyse de sa propre expérience d'archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg. De la façon dont les visiteurs du monument se comportent. "J'ai vu la situation empirer au fil des années. Quand vous intervenez auprès d'eux pour leur demander de se découvrir, ou de ne pas faire de bruit, il y a de plus en plus de réactions qui sont à la limite de l'agressivité. Il y a 20 ans, on obtempérait. Maintenant, on vous répond des choses incongrues, comme « Mais je paye mes impôts ». À croire que cela vous donne droit de ne pas respecter un lieu qui est aussi une église, il ne faut pas l'oublier". Et de s'amuser de la remarque d'un visiteur qui revenant à deux ou trois reprises à la cathédrale, s'était exclamé : "Mais qu'est-ce qu'il y a comme messes là-dedans !". Elle a tout de même été un peu bâtie pour cela... Didactique, l'objet de cet essai dépasse, de par son propos, la seule question de la foi et d'une morale chrétienne. Il s'inscrit tout autant dans une réflexion sur l'Homme, ses dérives et surtout son rapport à l'Autre, à l'argent, au travail, au corps, en autant de thèmes déclinés, au fil des péchés abordés, sur le mode anthropologique... En clair : de la théologie, un peu ; de la philosophie beaucoup.

 

Serge HARTMANN, 

Source  : DNA du 09 juin 2019  

 

REPÈRES

Ils surgissent du XIIe siècle et ont été identifiés par saint Thomas d'Aquin, docteur de l'Église : orgueil, gourmandise, luxure, avarice, jalousie, colère et paresse constituent les sept péchés capitaux.

 

Les sept péchés capitaux, par Michel Wackenheim, chez Bayard, 142 pages, 14,90 €.

 

 

À écouter...

RCF : Trois question à...

Michel Wackenheim et le livre 'Les 7 péchés capitaux'

Trois question à... Michel Wackenheim et le livre 'Les 7 péchés capitaux'

   
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