Actualite OCA - Chemins de foi  
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29 mai 2017 - Chemins de foi

 

Un article des DNA à scruter à la loupe

 

Une vision journalistique des temps forts chrétiens entre Pâques et Pentecôte. Un article à analyser sur toutes les coutures afin de revisiter les traditions, les habitudes, les stéréotypes qui perdurent plus ou moins...

Le directeur de l'OCA, Christophe Sperissen, apporte son point de vue comme responsable de la catéchèse pour le diocèse de Strasbourg et comme ex-curé de paroisse.

 

 

Chemins de foi

 

D’avril à juin, communions et professions de foi rythment les calendriers protestants et catholiques. Un rite en perte de vitesse auquel les responsables religieux s’emploient à redonner du sens.

Dans toutes les communautés de paroisses alsaciennes, catholiques et protestantes, les cérémonies se succèdent, depuis le dimanche des Rameaux et jusqu’à la Pentecôte. Ainsi à Sélestat ce jeudi de l’Ascension, en l’église catholique Saint-Georges où notre photographe a saisi ces garçons et filles qui, par leur première communion, poursuivent un chemin de foi initié avec le baptême.

« Le baptême donne son identité chrétienne à l’individu ; après, c’est un choix de devenir catholique ou protestant », résume le pasteur Norbert Krebs, de la paroisse de Soultz-sous-Forêts.

Près de 500 ados à Lourdes cet été

Chez les catholiques, il y a les sacrements de la première communion (communier revient à recevoir l’eucharistie) entre 8 et 10 ans, et de la confirmation, en classe de troisième en Alsace. Chez les protestants, la profession de foi, à 14 ans, n’est pas un sacrement.

La première communion a davantage de succès que la confirmation, rite de passage en perte de vitesse. « Le chiffre est en baisse de manière flagrante, note Christophe Sperissen. Là où, pour une paroisse, il y avait 20 ou 40 confirmands, il y en a maintenant cinq ou six. »

Christophe Sperissen a été neuf ans curé de la communauté de paroisses de Huningue, Village-Neuf et Rosenau. Il est aujourd’hui responsable de l’enseignement et de la catéchèse pour le diocèse. « Il y a davantage d’adultes qui viennent nous voir ; 80 catéchumènes dans le diocèse ont passé les trois sacrements en même temps cette année. Pour les jeunes qui, du coup, le font, il y a une autre qualité. De manière significative, ils en veulent, il n’y a pas besoin de les pousser. » Et d’illustrer avec le « Pélé Lourdes » : au mois d’août, près de 500 ados du diocèse iront à Lourdes.

Christophe Sperissen signale au passage que le diocèse de Strasbourg vit aujourd’hui la diminution qu’ont connue les autres diocèses plus tôt. Dans son village du sud de l’Alsace, se souvient Christophe Sperissen, toute sa classe d’âge a fait sa confirmation. Depuis la fin des années 90, c’est l’érosion : « C’est mathématique, il y a moins de familles pratiquantes, il faut un nouveau travail de communication, “d’évangélisation” ».

Pendant deux ans, les jeunes gens suivent des cours de catéchisme mais se frottent aussi à la vie au sein de la communauté de croyants ainsi qu’à l’engagement caritatif : « Si ce n’est que cérébral, ils décrochent, alors que si on propose quelque chose sur le terrain, de mettre leurs dons au service des autres, ils y sont très sensibles. » Christophe Sperissen salue les accompagnateurs bénévoles, jeunes confirmands, chrétiens impliqués le temps d’un cycle et ceux qui, de longue date, donnent de leur temps.

Chez les protestants, on s’interroge aussi. Pour Norbert Krebs, pasteur à la paroisse de Soultz-sous-Forêts, « la cérémonie va mourir de sa petite mort sauf si on prend le taureau par les cornes ». Il observe que ce rite de passage est en train de se vider de son sens : « 14 ans, dans le temps, était un passage vers la vie active, à la sortie de la scolarité. » Pour autant, ça devrait selon lui demeurer « un moment important parce qu’il participe à la structuration de l’individu ».

En Alsace du nord, l’impact du rite reste fort, sous l’effet des parents, des grands-parents, observe encore Norbert Krebs, qui a chaque année entre dix et quinze catéchumènes qui auront suivi un cycle de trois ans, de la sixième à la quatrième. Des journées thématisées sont proposées, pendant lesquelles ils vivent et mangent ensemble. Le pasteur préconise d’aller vers une offre modulable, qui permettrait à chacun de s’engager à son rythme, pour que le « oui » soit en fin de parcours personnel.

De plus en plus une « véritable adhésion »

À l’église réformée du Bouclier, dans le centre de Strasbourg, les deux pasteurs, Pierre Magne de la Croix et Fabian Clavairoly, ont aussi été choisis par le conseil presbytéral pour leur profil « jeunesse ».

« Des camps sont inclus dans le catéchisme. Quand on reçoit les jeunes, on n’impose rien. Pour ceux qui ne sont pas fans du catéchisme, le contrat est : “Tu t’engages au moins jusqu’à la Toussaint et si après les camps ça ne va pas, tu arrêtes.” Souvent ils se rendent compte que l’Eglise n’est pas ce qu’ils imaginaient. »

Les jeunes sont responsabilisés puis incités à s’engager à leur tour. Sept jeunes qui ont fait leur confirmation se sont ainsi impliqués à l’école biblique pour les 7-12 ans, d’autres peuvent passer leur BAFA. Cet été, les trente jeunes catéchumènes du Bouclier partent dans les Cévennes, dans le Jura et en Afrique. En hiver, il y a un camp ski.

Parmi les quinze qui achèvent leur troisième année, quatorze ont demandé le baptême ou la confirmation – ce sera chose faite ce dimanche de Pentecôte –, une a demandé un délai de réflexion. « C’est leur décision, on n’est pas payé au nombre de jeunes qui s’engagent, dit encore Fabian Clavairoly. La foi protestante passe par une forme de rationalité, on réfléchit. Chez les réformés, héritiers de Calvin, on vient pour avoir quelque chose à penser. On leur demande leur avis dès petits. On ne veut pas qu’ils entrent dans un moule et ça, ils se le disent entre eux. »

Et de conclure : « Le christianisme est en phase de recomposition. C’est de moins en moins culturel, plus basé sur une véritable adhésion. Et souvent ce sont les jeunes eux-mêmes qui invitent leurs copains. »

 

À la table des communiants

Si la tradition faiblit, mai n’en reste pas moins le mois des dragées. L’événement, quand il est célébré, se partage en famille.

Chez Gida , vendeur de dragées à Wittenheim , dans la banlieue de Mulhouse, les professions de foi et communions restent dans le top 3, derrière le baptême et devant le mariage. En avril, mai et juin, cela représente même 80 % de l’activité, indique Marie-Odile Didelot, qui observe un retour à la profession de foi. La petite boîte traditionnelle, avec une statuette à genoux, a toujours le vent en poupe : elle représente 70 % des ventes.

La Confiserie Adam, à Herrlisheim-près-Colmar , qui fait 65 % de dragées, a diversifié ses activités depuis une quinzaine d’années : « La dragée, c’est autre chose, elle s’est “désaisonnalisée”, on en fait toute l’année », explique Raphaël Kiesele, directeur général de l’affaire familiale née en 1912, qui vend dans toute la France. Là, alors que la communion s’est tassée, en n°1 il y a les baptêmes, puis les mariages, qui augmentent.

Et côté traiteur ? « Dix ans en arrière, c’était un gros secteur d’activité; nous, en traiteur, on a baissé », constate Alexandra Maechling de la maison du même nom, créée à Reichstett il y a 110 ans par l’arrière-arrière-grand-père de son mari Christophe. Alors que les budgets ont baissé, ce sont les familles proches, une vingtaine de personnes en moyenne, qui continue de solliciter la maison Maechling, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Reischtett.

Au Clos des Délices, hôtel-restaurant sis dans un ancien couvent de sœurs bénédictines situé à Ottrott , Nicole Schaetzel, en charge de l’événementiel depuis 16 ans, accueille une communion par semaine d’avril à mai, de Bischoffsheim, Rosheim, Obernai… : « Il y a de moins en moins de monde dans les églises mais c’est de toute beauté de voir que les sacrements se perpétuent. » Elle raconte les dragées sur la table, les fleurs, les décorations (dans les tons anis en ce moment), les papis, les mamies, les parrains et marraines, les enfants, les pièces montées avec choux du pâtissier maison Jean-Noël Dantzer… : « On voit que les familles ont plaisir à se retrouver. »

   
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