Actualite OCA - Le renouveau de la musique chrétienne  
Retour à la liste...
         
 

 

17 octobre 2015 - Le renouveau de la musique chrétienne

 

Encore trop hésitant en France

 

Une piste à développer avec les ados dans le cadre d'un itinéraire de catéchèse intergénérationnelle. Chanter sa foi, ses convictions, ses doutes, ses peines, ses joies et ses espérances sans être ridicule.

 

Source  : Un article extrait du journal "La Vie"

 

Samedi 17 octobre, la première édition des Angels Music Awards récompensera les nouveaux talents de la scène musicale chrétienne au cours d'un concert inédit à Paris. Hétéroclite, cette expression artistique en plein réveil affiche de manière plus ou moins explicite son inspiration chrétienne. Et cherche encore un public... prêt à payer pour écouter.

 

Le concept fait fureur aux Etats-Unis depuis plus de 45 ans. Tous les ans, en octobre, à Nashville, dans le Tennessee, a lieu la remise des Dove Awards, des prix qui consacrent les artistes les plus doués de la « Christian Music. » Inspirés de cette cérémonie, les Angels Music Awards, sorte de « Victoires de la musique chrétienne », auront lieu pour la première fois en France samedi 17 octobre, à Paris.

 

Œcuménique, la compétition est ouverte à tous les styles : pop, rock, gospel, jazz, blues, louange, classique... Huit lauréats se verront remettre un prix dans différentes catégories, au cours d'un grand concert, salle Wagram, retransmis en direct sur RCF et KTO. Seront sur scène la troupe de gospel Total Praise Mass Choir, les Guetteurs, Matt Marvane, Alexia Rabé, Impact, Rona Hartner, Ladji Diallo, les Dei Amoris Cantores et l'As Kind-Son l'Haïtien. Parmi les nominés, on trouve le groupe de reggae Les Guetteurs, le pasteur évangélique Matt Marvane, le frère carme Pierre Eliane, sœur Agathe, une jeune religieuse bénédictine, le duo de rappeurs Leader Vocal... 

Une dizaine d'artistes sur scène

L'idée des Angels Music Awards, lancée par Antoine Clamagirand, ancien manageur du groupe Glorious et fondateur du site Auxi150, a très vite suscité l'intérêt. « Impressionné » par les Dove Awards aux Etats-Unis, ce père de famille catholique a rallié à sa cause Jean-Baptiste Fourtané, qui a notamment fondé le festival de Pâques à Chartres, et Marc Brunet, un protestant à la tête d'une société de production de musique chrétienne, Sephora Musique. L'objectif : impulser « un événement majeur de la musique chrétienne en France. » Plus de 80 artistes ont été sélectionnés. Les partenaires, médias, producteurs de musique, mécènes, se sont bousculés. « La cérémonie sera retransmise en direct à la radio et à la télévision, se réjouit Antoine Clamagirand. Pour une première édition, c'est complètement inattendu. Quand nous avons eu cette idée autour d'une table, nous n'imaginions pas ça. »

 

Remettre des trophées à des artistes chrétiens a moins pour but de distinguer tel ou tel chanteur que de mettre en lumière toute une scène chrétienne, foisonnante, mais qui peine à sortir de l'ombre. « Nous voulons faire découvrir au grand public des artistes peu connus parce qu'ils ne sont pas diffusés, alors que la qualité est là », martèle Antoine Clamagirand. Les Angels Music Awards se veulent « très axés sur la qualité », insiste-t-il. Qualité des artistes qui seront primés, mais aussi du spectacle, monté avec l'aide de professionnels. « Ce sera un vrai show avec une dizaine d'artistes sur scène. Entre leurs passages, un animateur appellera les nominés, ouvrira une enveloppe et révélera les noms des lauréats par catégories », détaille-t-il. Le choix de la salle Wagram, « une salle pas trop grande pour la première édition, mais dotée d'un certain cachet », répond à ce désir de mettre en valeur les artistes.

Syndrome « Jésus revient »

Un spectacle comme les Angels Music Awards a aussi pour but de casser les clichés autour de la musique chrétienne. Celle-ci a longtemps pâtit d'une image « cucul la praline ». Tout le monde a en tête la scène de la kermesse dans le film La vie est un long fleuve tranquille, devenue culte avec la chanson « Jésus revient. » Pendant des années, la référence du prêtre-animateur niais a pourri l'image de la musique chrétienne. Tout comme le refrain entêtant « Dominique, nique, nique » que fredonnait Soeur Sourire en 1962, à une époque où dans l'imaginaire collectif, ce prénom évoquait plus le fondateur de l'ordre des dominicains que le patron du Fonds monétaire international. Le titre s'est tout de même écoulé à plus de 3 millions d'exemplaires, et reste à ce jour la seule chanson francophone à s'être classée numéro un des ventes aux Etats-Unis.

 

 Rosace de l'église Saint-Laurent au Puy-en-Velay

 

Mais aujourd'hui, « Jésus revient », c'est fini. « Je ne crois pas que la musique chrétienne soit poussiéreuse, quand on voit des artistes comme Matt Marvane, qui a signé chez My Major Company, Alexia Rabé, qui a fait The Voice 3, Grégory Turpin, qui a signé chez Universal ou les Guetteurs, qui sont les seuls à faire du reggae. C'est quand même fort ! » s'enthousiasme Antoine Clamagirand. Ces dernières années, plusieurs artistes chrétiens se sont fait connaître du grand public. Citons pêle-mêle le groupe lyonnais de pop-louange Glorious, qui a vendu 100.000 albums depuis sa création en 2000 et qui continue de remplir les églises ; le succès populaire des Prêtres, avec 1,7 millions de disques vendus pour leurs deux premiers albums ; l'ascension de Grégory Turpin, 35 ans, qui a chanté à l'Olympia « les plus beaux chants chrétiens d'hier et d'aujourd'hui », qu'il réinterprète dans son album pop-folk Mes Racines ; le pasteur évangélique Matt Marvane, repéré par le site de financement participatif My major Company...

 

On parle même d'un réveil de la scène chrétienne. Pour Robert Migliorini, journaliste à La Croix, auteur du blog Au cabaret du bon Dieu, les Angels Music Awards vont « concrétiser » cette scène chrétienne, « qui est vivante et qui se renouvelle. » « Cette scène est apparue pour les uns dans les années 60 avec le Père Duval, pour d'autres, à partir de 2000 avec Glorious et la pop-louange, ou encore plus récemment, avec les Guetteurs », explique-t-il. Phénomène passager, ou vrai regain ? « Pour que ce renouveau puisse avoir lieu, il faut que les gens aillent voir les artistes en concert et achètent leurs albums », avertit Grégory Turpin. Lui-même a acquis un public au bout de dix ans de carrière. « Aller voir un artiste chrétien en concert, cela ne va pas de soit, poursuit-il. Beaucoup se produisent dans le cadre de rassemblements diocésains, où les gens ne sont pas là pour eux, mais parce que cela fait partie de la proposition. On se réjouit qu'ils existent, mais le soutien ne va pas tellement plus loin. » Pour qu'une scène chrétienne émerge, « il faut plus de diversité », insiste-il. Grégory Turpin tient à soutenir d'autres artistes, comme le choeur polyphonique des Dei Amoris Cantores, invités à monter sur la scène de l'Olympia à ses côtés en juin dernier, ainsi que les Guetteurs, en première partie. « Il faut créer des lieux où les artistes chrétiens puissent se produire », préconise Grégory Turpin, saluant l'arrivée des Angels Music Awards. « Cela va créer une vitrine pour ces artistes. Elle doit être la plus belle possible. »

Reggae rasta

Mais tous les chanteurs chrétiens sont-ils des artistes à part entière ? « Il en faut pour tous les goûts, il y a de la place pour tout le monde, il faut ouvrir les portes et les fenêtres », lâche prudemment Antoine Clamagirand. Les critères de sélection des Angels Music Awards sont volontairement larges : il s'agit de récompenser « le meilleur de la création musicale actuelle s'inspirant de la culture chrétienne d'une manière explicite ou implicite, dans la démarche, les propos et la manière de voir le monde. » Cette définition inclut aussi bien les groupes de louange, pour qui la musique est synonyme de prière et d'évangélisation, que les artistes dont la foi chrétienne ne transparaît pas de manière directe dans leurs compositions... Même s'il n'est pas évident d'opposer les deux. « On ne disait pas de Bob Marley qu'il faisait du reggae rasta. On fait du reggae et ceux qui écoutent les paroles se rendent compte qu'on parle de Dieu, c'est aussi simple que ça », rétorque François-Joseph Ambroselli, dit Fratoun, le chanteur des Guetteurs, à la présentatrice de KTO qui avait un peu trop vite parlé de « reggae chrétien. » Même état d'esprit pour Laurent Grzybowski, sélectionné aux Angels Music Awards. « Chanter est une forme d'apostolat, même et surtout quand je n'utilise pas des termes religieux », nous confiait ainsi le chanteur, également journaliste à La Vie, lors de la sortie de son dernier album.

 

Alors faut-il parler de musique chrétienne ? Et si oui, quelle est-elle ? Le sujet a provoqué des débats passionnés parmi les membres du jury des Angels Music Awards. Deux lignes se distinguent. Certains pensent qu'il n'y a pas de musique chrétienne à proprement parler, mais des artistes qui, par ailleurs, sont croyants. Le critère principal sera la qualité de la démarche artistique. D'autres seront plutôt attentifs à la dimension religieuse de la musique, au message évangélique qu'elle véhicule, faisant passer la technique au second plan. C'est grosso modo la position du Père Pierre Amar, l'un des quatre membres du jury. « Quand on va à un concert de Johnny Hallyday, on vient pour écouter et voir Johnny. Avec la musique inspirée, le musicien et celui qui l'écoute louent, bénissent, rendent grâce, s'adressent à quelqu'un d'autre. C'est un concert, mais on ne vient pas directement pour l'artiste. Il y a une dimension supplémentaire. »

Artiste « missionnaire » vs « artiste habité »

François-Xavier Maigre, rédacteur en chef du magazine Panorama, lui aussi membre du jury, n'a pas la même conception. « Ce n'est pas le côté catéchétique des textes qui me touche, mais d'abord l'authenticité de la démarche de l'artiste, explique-t-il. J'éprouve parfois des émotions spirituelles plus fortes avec des artistes qui ne se revendiquent pas du christianisme. » Sans porter de jugement de valeur, il distingue « l'artiste missionnaire » et « l'artiste habité, travaillé par sa foi. » Exemple, « le chanteur Bono, du groupe U2, est clairement chrétien. Il prie tous les jours le Christ. Dans les chansons de U2, on ressent souvent une verticalité, un appel au ciel. Cela le nourrit, mais il n'en fait pas un message catéchétique. Peut-être qu'il aurait eu moins de succès s'il l'avait fait. »

 

Pour lui, les Angels Music Awards n'ont pas pour but de dénicher « la pépite paroissiale ou le message confessant », mais doivent plutôt distinguer « une musique qui a vocation à toucher les masses, à être diffusée sur les radios. » Or, « une musique trop communautaire ne peut pas assumer ce rôle », affirme-t-il. La musique chrétienne peut-elle évangéliser ? Oui, pour le Père Pierre Amar, « convaincu que la musique est un lieu missionnaire inouï », au même titre qu'Internet où il est très présent avec le Padreblog. Pour François-Xavier Maigre, en revanche, si « la musique chrétienne a vocation à édifier la communauté, inspirer la paroisse, soutenir des rassemblements », c'est une musique « trop codée pour toucher un public extérieur. » Il constate une forme de naïveté chez certains chanteurs chrétiens : « On veut trop faire passer un message et on ne désigne pas assez un mystère. » Pour opérer son classement, il a choisi un critère simple : « Une musique que je pourrais faire écouter à mes amis mélomanes non chrétiens sans les faire sourire. » Chiche !

 

Agnès Chareton

 

   
Documents à télécharger
Service Diocésain de l'Enseignement & de la Catéchèse / 15, rue des Écrivains - 67000 STRASBOURG / contact@ere-oca.com / mentions légales