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26 janvier 2015 - Ordination de la première révérende

 

Libby Lane, première femme évêque pour l’Église d’Angleterre


L’Église d’Angleterre l'avait annoncé dès le 17 décembre: la première femme évêque serait Libby Lane, 48 ans, mariée et mère de deux enfants, qui était jusque-là curé de deux paroisses au sud de Manchester. Avec le titre d’évêque de Stockport, elle sera évêque auxiliaire de Chester.

Ordonnée en même temps que son mari
Libby Lane fut l’une des premières femmes prêtres, en 1994. Ordonnée en même temps que son mari, aujourd’hui aumônier de l’aéroport de Manchester, elle a toujours officié dans des diocèses du nord de l’Angleterre, entre Blackburn, York et désormais Chester, dont elle connaît déjà bien l’évêque, le Dr Peter Foster.

Elle est également l’une des huit femmes élues comme observatrices participantes à la chambre des évêques, en tant que représentante des diocèses du nord-ouest. Si Libby Lane indique avoir été surprise par cette nomination « inattendue », l’évêque de Chester a assuré qu’elle avait été choisie à l’unanimité.

Tensions dans la Communion anglicane

La décision d'ordonner des femmes évêques provoque des tensions entre ses différents courants, et la nouvelle évêque l’a bien saisi. Dans une vidéo enregistrée peu avant l’annonce de sa nomination, elle a ainsi précisé, rayonnante et tout sourire, sa volonté « d’utiliser l’autorité reçue pour soigner et non blesser, construire et non détruire ».

L’évêque de Chester a admis qu’« en tant que première femme évêque de l’Église d’Angleterre, elle fera face à de nombreux défis et profitera des nombreuses occasions d’être l’ambassadeur de Jésus-Christ ». L’archevêque de York John Sentamu, un fervent partisan de l’accès des femmes à l’épiscopat, présidera sa cérémonie d’ordination le 26 janvier à York.

Les hautes autorités anglicanes espèrent sans doute que l’effervescence autour de sa nomination conduira davantage de femmes à rejoindre l’Église anglicane?: si la moitié du clergé est féminin, seul un quart d’entre elles sont âgées de moins de 30 ans... L’archevêque de Cantorbéry vise à ce que la moitié des évêques présents dans dix ans à la chambre des Lords soit des femmes.
Tristan de Bourbon (à Londres)

Source

Entretien avec Remy Bethmont, professeur de civilisation britannique à l’université Paris 8 et spécialiste de l’anglicanisme, Auteur de L’Anglicanisme, un modèle pour le christianisme à venir - Éd. Labor et Fides, 256 pages

Que représente l’ordination de Libby Lane, ce matin à York, comme évêque de Stockport ?


Rémy Bethmont : Symboliquement, il s’agit d’un moment très fort de l’histoire de l’Église anglicane d’Angleterre. Depuis l’ordination des premières femmes prêtres, en 1993, le débat sur la possibilité de les consacrer évêques est intense.

En juillet dernier, l’adoption définitive, par le synode général, de la législation autorisant l’ordination de femmes évêques a mis fin à ces interminables discussions.

La mesure adoptée satisfait la majorité ­favorable aux femmes évêques, tout en ménageant les sensibilités traditionalistes. La cérémonie qui doit avoir lieu, lundi 26 janvier au matin à York, est donc dans la suite logique de cette décision.

Il est intéressant d’observer que cette première ordination intervient très rapidement après le vote du synode. La hiérarchie anglicane manifeste sans doute ici la volonté de rattraper le temps perdu, aux yeux d’une société anglaise qui ne comprenait pas ce blocage.

Quel impact cette décision peut-elle avoir sur la société anglaise ?

R. B. : Honnêtement, je ne suis pas convaincu que la présence de femmes évêques ramène les Anglais à l’église. Depuis une quinzaine d’années, on observe en Angleterre une sécularisation non seulement rapide, mais aussi très agressive.

Des associations militent activement pour une séparation de l’Église et de l’État, pour la fin de la prière au Parlement, ou pour l’interruption du financement public des cultes. Par ailleurs, les chiffres de la pratique religieuse sont en baisse constante.

Pour la majorité des Anglais, l’ordination de femmes évêques n’est qu’un sujet parmi d’autres. Il en existe un autre, celui du mariage gay, auquel l’Église d’Angleterre s’oppose en partie, créant un décalage manifeste avec la société britannique.

Mais au-delà de ces deux questions, la baisse de la pratique religieuse est due à des questionnements plus profonds, et existentiels?: « Quelle est ma spiritualité ? La Bible me parle-t-elle ? »

Cette ordination risque-t-elle d’attiser les tensions au sein de l’Église d’Angleterre ou de la Communion anglicane ?

R. B. : Peut-être, mais de manière marginale. L’accord trouvé en juillet par les représentants de l’Église permet aux paroisses ne souhaitant pas dépendre de l’autorité d’une femme évêque d’être soumises à un évêque homme.

Nous verrons bien comment ce dispositif pourra être mis en œuvre. Au-delà de cela, il faut bien avoir en tête que la recherche d’un modus vivendi pour surmonter des désaccords fait partie de l’ADN de l’histoire anglicane.

Dans la Communion anglicane, qui regroupe 85 millions de fidèles à travers le monde, cela ne changera rien. Il existe déjà des provinces anglicanes qui acceptent l’épiscopat des femmes. L’Angleterre ne sera qu’une province de plus.


Recueilli par Loup Besmond de Senneville

Source

Vidéos :

http://www.dailymotion.com/video/x2fn9uh_l-ordination-de-la-premiere-femme-eveque-interrompue_news

https://www.youtube.com/watch?v=8pv1lXhcEi8&x-yt-cl=84503534&x-yt-ts=1421914688&feature=player_detailpage

   
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