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09 juin 2014 - Cristeros

 

Les armes au nom de la foi

Deux ans après son succès outre-Atlantique, le blockbuster "Cristeros", de Dean Wright, est sorti sur les écrans français. Un film d’action basé sur l'histoire sanglante de ces catholiques mexicains qui, en 1926 et pour sauvegarder leur foi, ont pris les armes contre leur gouvernement.

 

Cristeros : les armes au nom de la foi

 

 

Bien qu'elle ait déchiré le Mexique des années 20, la tragique guerre des Cristeros continue de faire l'événement : en 2005, l’un de ses martyrs fut béatifié sous le pontificat de Benoît XVI. José Luis Sanchez del Rio, assassiné à l'âge de 14 ans, s'était battu aux côtés de ces vaillants Cristeros, les « partisans du Christ » auxquels le film de Dean Wright rend hommage. Leur histoire sanglante est celle d'une armée d'hommes et de femmes qui,  par l'immensité de leur foi, ont combattu l'État mexicain et les mesures anticléricales imposées par la loi. Un violent combat entre le gouvernement et l'Église qui s'étendra sur trois ans et qui coûtera la vie à 90 000 victimes.

 

Les hommes d'église chassés

 

La loi Calles est à l’origine de ce conflit en 1926. À l’initiative du président Plutarco Calles (interprété par Ruben Blades) connu pour son athéisme, elle vise l'importante communauté catholique mexicaine en interdisant toute pratique religieuse : les hommes d'église sont chassés, les couvents fermés et le port de signes religieux est exclu. Une terreur qui veut essouffler cette foi, montrée avec force et brio dans le film, comme un épais et mystique nuage sur l'ensemble des personnages. Tulita (Eva Longoria), le père Christopher (Peter O'Toole), Quatorze (Oscar Isaac) sont autant de figures ancrées dans cette société dont l'Église est la pierre angulaire. La foi en Dieu va séduire progressivement les personnages non croyants, à l’instar du général et chef de cette armée (Andy Garcia). Ce combat au nom du Christ et sous la protection de Dieu les conduira à la mort : « Me cacherai-je ? Je suis ici chez moi », se défend le père Christopher, dans sa propre église. C'est justement à l'entrée de la maison de Dieu qu'il sera abattu avec violence.

 

Une bataille stratégique 

 

Les scènes de batailles cadencent ce film d'action jusqu'à la dernière seconde. Les plans furtifs et nombreux ne ralentissent que pour souligner la chute d'un homme, touché par une balle, fauché par la mort. Car c'est une véritable guerre qui se joue là, avec ses stratégies, ses luttes internes et ses conflits d’ego entre généraux. Le réalisateur insiste sur l'étendue du ralliement de la population et la mobilisation de ces femmes qui cachaient des munitions sous leurs jupons. La campagne et les villages, lieux de nombreux combats, marquent tant par leur beauté que par les dangers qu’ils recellent. Les guerriers ne peuvent s’arracher à ce soleil de plomb et à cette terre de poussière. Mais l'horreur des alignements de Cristeros pendus puis exposés le long des voies ferrées restera l'image la plus forte.
Témoigner de cette tragédie, voilà l’ambition de ce film. Ce bain de sang, au vu du nombre d'entrées enregistrées au Mexique, n'est pas prêt de disparaître des mémoires.

 

 

  

La révolte des Cristeros a-t-elle réellement été une révolte populaire ?

 

Source : La Croix

 

Le film « Cristeros », qui sort en salles le 14 mai, retrace les grandes lignes de la révolte d’une partie des catholiques contre l’État mexicain, entre 1926 et 1929.

 

Pour Jean Meyer Barth, spécialiste de l’histoire mexicaine, si cette révolte a été « l’ultime sursaut d’une population désespérée », le film pèche par sa charge idéologique beaucoup trop lourde

 

« La révolution mexicaine commence en 1910 et se termine en 1938. Mais la grande crise entre les catholiques et l’État révolutionnaire commence en 1926. À cette date, le président Plutarco Elías Calles commet l’erreur de se lancer contre l’Église, en sous-estimant la religiosité de son peuple. Après avoir échoué dans la création d’une Église schismatique (1925) et face à la mobilisation conséquente des catholiques, il réglemente les dispositions anticléricales de la Constitution (1926). Comme cela oblige les prêtres à s’inscrire auprès du ministère de l’intérieur, Rome interdit aux évêques mexicains d’obéir à ce que l’on appellera désormais « la loi Calles ».

 

L’Église suspend le culte public le 31 juillet 1926. Le gouvernement riposte en interdisant le culte et l’administration des sacrements hors des églises qu’il occupe et ferme « pour cause d’inventaire ». Le peuple catholique, à bout de patience, après presque un an de luttes civiles pacifiques, s’oppose aux inventaires ; on envoie l’armée, des gens sans armes, femmes, enfants, hommes de tous âges meurent. Un soulèvement massif se propage dans tout le Mexique du Haut Plateau, celui qui renferme les deux tiers de la population.

 

Dans le reste du pays, la résistance passive obtient un certain succès, avec la complicité dissimulée des autorités locales. Au terme de trois ans d’une guerre très dure, les Cristeros et les soldats de l’armée fédérale se trouvent en situation de match nul et, pour des raisons de politique intérieure, le gouvernement est pressé de mettre fin au combat ; Rome aussi, qui s’inquiète de voir, aussi longtemps, les catholiques mexicains sans prêtres et sans évêques. Une paix blanche est conclue en juin 1929 avec les bons offices des ambassadeurs des États-Unis, du Chili et de la France.

 

À la fin de 1931, la chute d’un président qui respectait, tant bien que mal, les « arrangements » de 1929, déclenche une nouvelle offensive anticléricale, extrêmement sévère, puisqu’en 1935 il n’y a plus que 350 prêtres exerçant légalement leur ministère. Les 4 000 autres sont en exil ou dans la clandestinité. Rome, pariant sur le long terme, interdit aux catholiques de prendre les armes pour la défendre ; ils sont pourtant quelques milliers à se soulever, d’autant que les plus connus sont systématiquement assassinés, en violation de l’amnistie de 1929.

 

Comme en Vendée, il est clair que la révolte des Cristeros, ainsi que l’a dit l’historien Alain Gérard, représente « l’ultime sursaut d’une population désespérée ». Dans les deux cas, il est clair que les révolutionnaires – ici, l’armée mexicaine – ont perdu le contact avec le réel, fermé les canaux de communication avec le peuple et choisi le raccourci de la violence.

 

Dans le film, l’historien ne peut accepter les libertés prises avec l’histoire, les événements et les personnages. La charge idéologique, catholique, conservatrice est beaucoup trop lourde ; la preuve en est qu’aux États-Unis la droite républicaine la plus récalcitrante a essayé d’utiliser le film contre Barack Obama, dans le cadre de la campagne électorale : « Voyez ce que Calles a fait au Mexique ; cela nous arrivera avec Obama. »

 

   
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