Actualite OCA - Entre toutes les femmes  
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23 mars 2012 - Entre toutes les femmes

 

Mannick et Gabriel Ringlet

 

Le spectacle

EGLISE ST BERNARD Strasbourg - vendredi 23 mars 2012 à 20:30.

Les nombreux inconditionnels de Mannick seront heureux de la revoir à Strasbourg. Mais la soirée aura un cachet inhabituel, puisqu'il s'agira d'un récit-récital en compagnie de Gabriel Ringlet, avec lequel elle vient de publier, chez DDB, un passionnant et vibrant livre-événement intitulé Entre toutes les femmes. Donc une soirée où temps de parole et temps de chanson s'enlaceront pour révéler des coins secrets dans une grande liberté de ton

 

Le livre

Un salutaire face-à-face entre Mannick (auteur, compositeur, interprète) et Gabriel Ringlet (prêtre, universitaire, écrivain) sur les femmes et donc forcément sur la vie, de la naissance à la mort, de l'amour à la révolte, de la confidence intime aux souffrances du monde...

Elle chante et il écrit.
Il est prêtre et elle est femme. Mais rien n'annonçait cette rencontre inédite où Mannick et Gabriel Ringlet vont faire conversation autour de la chanson. Et de la femme ! Ils n'imaginaient surtout pas que leurs entretiens allaient les conduire aussi loin dans la confidence et aussi près de l'actualité. Car qu'il s'agisse d'aimer, de naître et de mourir, du célibat des prêtres, de l'ordination des femmes, du scandale de la pédophilie ou de l'enfermement des petites filles d'Afghanistan, les auteurs entrent dans le vif du débat en s'y impliquant personnellement.
Tout en douceur ou en vivacité, ces échanges révèlent quelques coins secrets, mais aussi indignations ou convictions. A travers ce dialogue d'une grande liberté intérieure, Mannick et Gabriel rejoignent les questions de beaucoup d'entre nous.

Editeur : DDB

ISBN : 978-2-220-06322-5

EAN : 9782220063225

 

Un savoureur dialogue emprunté à TC

 

La chanteuse, le prêtre et les femmes...

Par Monique Hébrard

Mannick et Gabriel Ringlet.
Copyright : Hélène Daigremont Rousselot
BONNES FEUILLES - Lorsqu'un prêtre belge et une chanteuse féministe discutent de la vie, de la naissance à la mort, de l'amour à la révolte, de la confidence intime aux souffrances du monde, ça donne Entre toutes les femmes, dialogue entre Gabriel Ringlet et Mannick.
On apprécie Gabriel Ringlet, prêtre belge, journaliste et enseignant, pour sa grande liberté de parole (1). Mannick, auteur-compositeur interprète, est elle aussi bien connue dans les milieux catholiques.
 En huit chapitres sur les grandes questions de la vie, de la naissance à la mort, de l'amour à la révolte, de la confidence intime aux souffrances du monde, la chanteuse et le prêtre dialoguent à partir d'une chanson de Mannick, sous de jolis titres : les printanières, les rebelles, les brûlantes, les souffrantes, les subversives, les désirantes, les prêtresses, les accouchantes.
Le livre porte bien son titre car si l'une est profondément femme et féministe, l'autre a un pôle féminin très développé. Lequel des deux parle le mieux de l'engendrement ? Lequel reconnaît que le regard d'une femme est salvateur « parce qu'il regarde par l'intérieur » ? Lequel est le plus sensible et le plus incarné ? Lequel est le plus bouleversé par la souffrance des enfants du monde ?
CONNIVENCE
Ils parlent aussi de Dieu et de l'Église. Le prêtre écoute et reçoit la révolte de la femme et ne cache pas qu'il est blessé par le cléricalisme.
Le chapitre sur Ève et le paradis est sans doute le plus original et il décoiffe salutairement. Poésie plus que théologie, diront certains ; mais, et si la bonne théologie demandait de la poésie et cette connivence avec la vie, avec la source spirituelle lovée au plus profond de chaque individu ?
Avec une telle qualité d'écoute et de désir mutuel de comprendre l'autre dans une communion profonde, le dialogue va loin. Quand deux amis se chuchotent ce qu'ils ont de plus cher au coeur, dans la simplicité, la confiance, la connivence, cela donne un livre rare. Quand tous deux sont poètes, cela donne des paroles flamboyantes et jubilatoires.
 (1) On citera entre autres L'Évangile d'un libre penseur. Dieu serait-il laïque, Albin Michel, 2002, et Ceci est ton corps. Journal d'un dénuement, Albin Michel, 2008.
 
Bonnes feuilles :
 DES PATERNITÉS POSSIBLES (Les printanières, pp. 22-25)
 Mannick - Toi qui t'intéresses tellement à ces histoires-là, est-ce que tu n'as pas de regrets, des frustrations, de la souffrance même de n'avoir pas connu cette aventure d'homme ? être papa ?

Gabriel Ringlet - Ça m'a beaucoup manqué, oui. J'avais très envie de fonder une famille et, curieusement peut-être, ce désir m'a habité très tôt. J'en rêvais, je me voyais avec plusieurs enfants, certains prénoms trottaient déjà dans ma tête... Je rêvais surtout d'une fille que j'aurais appelée Marie-Madeleine... À négocier avec la partenaire, bien entendu !

M. - Je te verrais bien avec une petite « Marie-Madeleine »... Pourquoi se priver d'un bonheur comme celui-là ? J'ai du mal à croire que ce soit nécessaire ! Aucune cause, à mes yeux, ne vaut qu'on lui sacrifie ce désir légitime et qui fait tellement partie de notre humanité. C'est une vieille croisade, accroche-toi ! En attendant... te voilà au séminaire !

G. - J'y entre joyeux et déchiré, convaincu qu'on m'oblige à un choix impossible et même, à mes yeux, incompréhensible. D'ailleurs, après quelques semaines, je m'en suis ouvert à mon directeur spirituel. [...] ! Il m'a proposé d'accueillir ce double désir, que les deux chemins m'habitent un moment. Il n'a pas poussé la « vocation » mais m'a encouragé à faire confiance à la vie qui m'aiderait, petit à petit, à clarifier, si possible. Je suis finalement resté au séminaire, mais convaincu que la paternité était une grande aventure et que la fondation d'une famille m'aurait très bien convenu. Tu me diras peut-être que je regarde ce chemin à distance, en idéalisant ce que je n'ai pas connu ? Il n'empêche qu'avec le recul, cette soif de paternité, même en creux, s'est révélée féconde tout au long de mon sacerdoce.

M. - Désolée, mais je ne suis pas du tout à l'aise avec l'interdit que l'Église catholique a inventé en cours de route, pour des raisons discutables. Cette obligation du célibat et, par ricochet, cette impossibilité d'une paternité, je ne comprends pas, je n'accepte pas. En quoi un homme, une femme, sont-ils plus proches des autres, plus incarnés, en refusant d'aimer et d'engendrer ? Tu dois me trouver un peu abrupte, mais je ne supporte pas qu'on se prive « à vie » de quelque chose de si grand, qui fait partie du coeur de notre humanité.

G. - Je ne vais pas essayer de m'en sortir par une pirouette puisque, depuis des décennies, avant même d'entrer au séminaire, je n'ai cessé d'écrire et de répéter que l'état de vie devrait être laissé au libre choix de chacun. Mais en attendant que les choses changent... je rêve ! ..., on en fait quoi de ce déchirement ? La frustration, très peu pour moi ! Il vaut dix fois mieux renoncer à sa « vocation » que de s'y engager frustré. Blessé, oui. Que des gens doivent vivre avec une blessure ouverte, ça, c'est autre chose. Et j'ajoute - est-ce que je « sublime » ? - qu'il peut y avoir fécondité dans cette blessure.

M. - Là, tu dois m'en dire un peu plus.

G. - L'aventure parentale est un vaste pays, les routes y sont nombreuses et certaines nous conduisent parfois « plus haut que nous n'avions rêvé ». Ce n'est pas qu'une affaire de sang. On peut mettre au monde quelqu'un qui va mourir. Quel accouchement, celui-là ! Ou quelqu'un qui va écrire. Je pourrais te parler à n'en pas finir de mon lien amoureux à l'enseignement. Surtout dans les travaux pratiques, un laboratoire d'écriture par exemple. Faire naître une parole personnelle, faire chanter une langue charnelle chez un garçon ou une fille de vingt ans. Dans la douleur parfois, dans les larmes souvent. Mais quel bonheur de les voir sortir du ventre maternel (ou paternel !) et se mettre à voler de leurs propres ailes. Je sens de plus en plus l'engendrement par l'écriture. Découvrir qu'une parole peut mettre au monde, parfois de façon tellement inattendue. Mais n'est-ce pas ce qui t'arrive aussi avec tes chansons ?

M. - J'aime ce jaillissement venu d'ail­leurs? C'est terriblement jouissif d'inventer des mots pour dire ce qui me vient, de ressentir la force de mon inspiration, quand elle est au rendez-vous. Et je pense, comme toi, que c'est une manière d'engendrer.
 
 
FAIRE RIRE LA FOI (Les désirantes, pp. 186-187)

G. - Ma foi ? si j'en avais gros comme un grain de moutarde. Honnêtement, à la différence des disciples, à cause d'eux peut-être, je n'ai jamais prié Dieu de me l'augmenter ! Je me sens bien dans son balbutiement. C'est peut-être la seule chose dont je veuille témoigner : le bonheur de la précarité spirituelle. La foi est notre faible, écrivait Michel de Certeau. Pas notre faiblesse ! Notre faible. Au sens où j'ai un faible pour toi. C'est vraiment ça. J'ai un faible pour Dieu. Ce n'est pas lourd comme bagage. Mais je ne veux pas que la foi pèse lourd. Ma joyeuse foi sac au dos... Car si j'ai bien compris l'invitation de l'« homme qui marche (1) », la foi est d'abord déplacement. Même cloué au lit : marcher ! Et si les jambes n'en veulent plus, marcher sur la tête ! Tâtonner dans le noir, s'égarer peut-être, mais y aller : « Lève-toi, prends ta paillasse et marche ! » (Jn 5, 8).

M. -  Je rejoins ce droit au balbutiement, oser boiter pour aller plus loin. J'opposerais bien balbutiement et enfermement. Quand on balbutie, c'est que l'on n'a pas fini de dire ou d'écrire, qu'il y a encore de quoi se poser des questions, qu'il est toujours possible de changer de cap. Toi aussi, tu bouscules les mots. Et tu aimes les faire rire. Surtout les mots de la foi, dirait-on.

G. - Mais il faut la faire rire, la foi. Évidemment ! Sa survie en dépend. Heureusement, c'est plutôt l'abondance de ce côté-là. Pourquoi se priver ? À commencer par la tradition juive qui n'en finit pas de rire avec Dieu. Tiens, ce proverbe yiddish, juste pour toi : « Mieux vaut parler à une femme et penser à Dieu que parler à Dieu en pensant à une femme. »

M. - Si tu le prends comme ça, je te signale qu'une autre sentence populaire yiddish dit aussi : « Avec les femmes, c'est pénible, mais sans elles, c'est pire. »

G. - Bien joué, Madame.

(1) L'homme qui marche, Christian Bobin, Éditions Le temps qu'il fait, 1995.

 

Autre article :

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/688545/le-siecle-de-la-feminite.html

 

 

   
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