Actualite ERE - "Souffre-douleurs, ils se manifestent"  
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10 février 2015 - "Souffre-douleurs, ils se manifestent"

 

Un film percutant contre le harcèlement scolaire


Insultes, humiliations, brimades et coups infligés de façon répétée, sur une longue période, par un ou plusieurs élèves, et amplifiés par les réseaux sociaux, c’est le harcèlement scolaire. Un phénomène méconnu ou banalisé en France, où pourtant 10% des élèves, soit 1 200 000 enfants et adolescents, affirment en être victimes.

 

Vendredi 6 février 2015, la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem annonçait de nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement scolaire, parmi lesquelles le renforcement de la formation des personnels des écoles élémentaires, la simplification du numéro vert, une journée de mobilisation en 2016, ou encore une carte interactive à destination des parents pour localiser les ressources contre le harcèlement.

Ces annonces sont survenues quatre jours avant la diffusion sur France 2 de " Souffre-douleurs, il se manifestent ", percutant documentaire sous forme de manifeste réalisé par Andréa Rawlins-Gaston, journaliste à l'agence Capa, et le réalisateur, graphiste et monteur Laurent Follea.

Un film choral, où huit voix bouleversantes, celles d'ex-victimes et celles de parents d'adolescents suicidés, s'unissent pour dire toute l'horreur du harcèlement scolaire. Un documentaire coup de poing, à la fois beau (l'équipe a tourné avec des caméras de cinéma), dérangeant et émouvant, destiné à briser l'épais silence qui nimbe ce sujet encore tabou, et à faire éclater la réalité imposante du fléau.

Ce film, diffusé mardi 10 février à 22h25 dans "Infrarouge" sur France 2, est accompagné d'une plateforme d'informations où chacun peut témoigner. Il sera suivi d’un débat intitulé "Harcèlement scolaire : briser le silence", animé par Julian Bugier, entouré de plusieurs invités parmi lesquels la ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem.

 

Extrait du film

 

Film participatif, combat collectif

Comme elle l'a fait contre le viol en 2013 avec " Viol, elles se manifestent ", Andréa Rawlins-Gaston a choisi de faire de son documentaire un « film participatif » et un « combat collectif ». L'idée lui vient en novembre 2013, lorsqu'elle entend à la radio le témoignage de Nora Fraisse dont la fille Marion, 13 ans, s'est pendue pour mettre un terme au harcèlement qu'elle subissait quotidiennement à l'école.

« Ce matin-là, je suis restée glacée, bouleversée. Je la trouvais extrêmement digne, alors qu'elle était anéantie, se souvient la réalisatrice. Elle prenait la parole non seulement pour dénoncer les dysfonctionnements qui ont poussé sa fille au suicide, mais également pour que ça n'arrive pas à d'autres ». Au fil de ses recherches sur le harcèlement scolaire, Andréa Rawlins-Gaston réalise qu'elle ignore l'ampleur du phénomène.

« Le harcèlement scolaire concerne 10% des élèves, soit 1,2 millions d'enfants et d'adolescents. Au bas mot, car c'est du déclaratif. Beaucoup n'en parlent jamais à un adulte, donc on peut imaginer que c'est massif », explique-t-elle. C'est ce caractère massif qu'elle a souhaité faire jaillir à l'écran en choisissant la forme du manifeste. Si seules six ex-victimes prennent la parole dans le film, la journaliste s'est longuement entretenue avec une centaine de jeunes au cours de son travail d'enquête.

Ces témoins, dont beaucoup n'avaient jusque-là jamais parlé, ont eu le choix d'apparaître à visage découvert dans les scènes collectives d'ouverture et de fin, ou simplement de signer le manifeste, publié dans Le Parisien et mis en ligne sur la plateforme francetv.fr consacrée au harcèlement scolaire. Un manifeste en ligne que toute victime peut signer, et où elle peut déposer son témoignage anonymement.

Le harcèlement scolaire, un sujet à la une

L'importante communication autour du documentaire, la publication du manifeste ou encore la parution du livre Marion, 13 ans pour toujours, de Nora Fraisse chez Calmann-Levy le 21 janvier dernier, ont propulsé le sujet du harcèlement scolaire à la une des médias. Que Najat Vallaud-Belkacem s'en soit si rapidement emparée, « c'est formidable », juge Andréa Rawlins-Gaston. La réalisatrice estime que l'intérêt des médias et du ministère envoie déjà un message positif à tous ceux qui ont accepté de parler à visage découvert.

« Il faudra voir ce qui sera fait concrètement, mais je suis très heureuse que la ministre de l'Éducation prenne la parole sur ce sujet qui jusqu'à présent était un peu tabou. Ça veut dire qu'on se dirige peut-être vers ce qui s'est produit dans d'autres pays, comme la Finlande, où des politiques efficaces ont été mises en œuvre sous la pression de l'opinion publique. La centaine de gamins qui sont dans le film avaient très peur de prendre la parole, parce qu'ils avaient honte, qu'ils craignaient les représailles ou d'être de nouveau incompris, isolés, abandonnés… Là, ils ont été reconnus et entendus, non pas en tant que victimes du harcèlement scolaire, mais bien en tant qu'acteurs du combat. »

" Souffre-douleurs, ils se manifestent " ne donne pas la parole à l'école, ni à l'État, mais les interpelle vivement. Au cours de son enquête, Andréa Rawlins-Gaston s'est entretenue avec des spécialistes, des infirmiers scolaires, des conseillers principaux d'éducations, des professeurs… et a identifié les insuffisances de la prise en charge du problème. Un manque de formation concrète des personnels des établissements scolaires, une communication insuffisante autour du terme de harcèlement scolaire et des réalités qu'il recouvre, des outils de détection, de médiation et de suivis lacunaires et inadaptés…

« Depuis 2011, l'Éducation nationale a fait passer le harcèlement scolaire de l'ombre à la lumière. Mais parmi tous les harcelés à qui j'ai parlé, beaucoup n'avaient même pas vu passer les campagnes qui leur étaient destinées. Nous avons fait ce film pour dire au ministère de l'Éducation qu'il faut accélérer le mouvement. Ce qui est fait, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant, les messages tardent à passer ».

Accélérer le combat

La montée au créneau de Najat Vallaud-Belkacem autour d'un problème encore bien trop tabou et mal identifié est une bonne chose, mais le ministère se donnera-t-il réellement les moyens d'accélérer le combat, concrètement, sur le terrain ? Andréa Rawlins-Gaston l'espère : « Pour moi, le film n'est pas un aboutissement, c'est le début, une première étape dans la lutte contre le harcèlement scolaire ».

Avant même la diffusion de son documentaire, la réalisatrice a déjà réussi une partie du pari : montrer l'urgence de saisir à bras-le-corps un fléau social loin d'être une série de faits divers, mais un phénomène tristement banal et répandu, le problème de tous, d'une société tout entière.

 

Signer le manifeste ou témoigner : http://www.francetv.fr/temoignages/harcelement-scolaire/

 

Regarder le documentaire

   
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