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16 novembre 2013 - Circoncision et Conseil de l'Europe

 

Fin de la polémique

 

La controverse sur la circoncision née d'une récente résolution du Conseil de l'Europe la qualifiant de « violation de l'intégrité physique des enfants » avait mis en émoi juifs et musulmans qui ont dû en appeler aux dirigeants politiques pour préserver cette tradition millénaire. « L'institution ne remettra pas en cause la circoncision », indique dans un communiqué le rabbin Moché Lewin, directeur de la conférence des rabbins européens. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjorn Jagland qui avait déjà pris ses distances le 9 octobre vis-à-vis de la résolution - non contraignante - votée le 1er octobre dernier, a été plus affirmatif encore le 11 novembre à Berlin lors de la 28e convention de la conférence des rabbins européens. « Je voudrais dire une chose sans équivoque de manière claire pour vous, ici et maintenant, a-t-il déclaré, à l'adresse de 200 rabbins issus de 30 pays différents, en aucun cas le Conseil de l'Europe ne veut interdire la pratique de la circoncision ».

Selon le rabbin Lewin, Thorbjorn Jagland a également « rejeté l'idée que la circoncision pourrait être comparée à l'excision et a décrit l'importance de protéger cette pratique comme un "impératif moral" ». La comparaison entre l'excision des jeunes filles et la circoncision rituelle des garçons, avancée par le Conseil de l'Europe, avait fait bondir juifs et musulmans. En France, le Président François Hollande avait fait la distinction entre « une mutilation inacceptable, lourde de conséquences physiques et psychiques pour les femmes qui en ont été victimes et une pratique rituelle [pour les garçons], répandue à travers le monde et parfois encouragée par le corps médical ». Juifs et musulmans avaient vivement réagi à la résolution du Conseil de l'Europe - par 78 voix pour, 13 contre et 15 abstentions - qui avait invité les 47 Etats membres à prendre des mesures contre les « violations de l'intégrité physique des enfants », citant la circoncision au même titre que la mutilation génitale féminine.

« Lobby antireligieux de plus en plus agressif »

Le Président israélien Shimon Peres, comme le ministère israélien des affaires étrangères avaient exhorté le Conseil de l'Europe à « revenir immédiatement sur cette résolution », tandis que le Consistoire central, union des communautés juives de France, avait fait part de sa « stupéfaction » et de son « inquiétude ». « Si cette résolution n'a pas d'incidence législative directe, soulignait-il, elle dénote néanmoins un esprit et un climat délétères à l'égard du judaïsme. Après les attaques à répétition contre l'abattage selon le rite religieux, c'est un autre des fondements du judaïsme qui est désormais directement visé ». Les musulmans ne sont pas en reste dans le concert des protestations qui se sont élevées de toutes parts. « La circoncision est un acte rituel instauré par la tradition prophétique, qui est un devoir essentiel des parents envers leurs enfants mâles », déclarait le Conseil français du culte musulman. « Comme pour les personnes de confession juive, la circoncision est considérée par les familles musulmanes comme un acte d'obéissance divine ».

A Berlin, le grand rabbin Pinchas Goldschmidt a qualifié le discours de Thorbjorn Jagland de « très important pour nous. La circoncision, indissociable de notre foi, ne doit pas être instrumentalisée par un lobby anti-religieux de plus en plus agressif visant à interdire la pratique religieuse ». La controverse sur les rites religieux musulmans et juifs n'est pas nouvelle. Si, chez la plupart de leurs opposants, ils sont sources de « souffrances injustifiées », leur demande d'interdiction est ressentie comme un déni du religieux à connotation antisémite ou antimusulmane. En décembre 2012, le parlement allemand avait voté une loi autorisant la circoncision pour motifs religieux, pourvu que l'opération se fasse dans un cadre médical professionnel. Cette décision mettait fin à six mois d'âpres controverses, après une décision de la cour de Cologne assimilant le rite religieux à des « coups et blessures aggravés » passibles de poursuites pénales.
 


Photo 1 : Les rabbins européens réunis pour la 28e édition de leur conférence à Berlin, à l'occasion du 75e anniversaire de la Nuit de Cristal. (Photo : D.R.)

Photo 2 : Moché Lewin, premier Français directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens (troisième place en partant de la gauche), au milieu de ses pairs. (Photo : D.R.)

(Vignette : Circoncision de Jésus sur le retable des douze Apôtres de Friedrich Herlin de Nördlingen, 1466)

 

 


 

 


 

   
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